¤ QUEL DESTIN COMMUN ENTRE AVIGNON ET ORANGE?
"Il y a une semaine, le Préfet de Vaucluse a dévoilé sa proposition de refonte de l'intercommunalité pour le département. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les surprises ont été nombreuses, notamment avec l'apparition d'un nouveau territoire à horizon 2013: la COGAO, autrement dit la Communauté d'Agglomeration du Grand Avignon/Orange.Grande nouveauté en effet que d'associer les agglomérations d'Avignon et d'Orange pour constituer un ensemble de 280 000 habitants. Comme si une logique purement démographique faisant fi des identités territoriales et des projets existants suffisait à rendre crédible une partition pour le moins artificielle.
Quel destin commun en effet entre les habitants de Camaret-sur-Aigues et ceux de Tavel ou Morières-les-Avignon? Quelle réalité de vie pour un territoire institutionnel qui viendra toujours buter contre la Durance, frontière infranchissable pour Avignon vers le nord des Bouches-du-Rhône mais pas pour Aix-en-Provence sur les communes du sud Luberon? Quelle pertinence enfin des deux futures lignes de tramway de 8km dans un territoire s'étendant de 20km d'ouest (de Tavel) en est (d'Entraigues) et de 30km du nord (Sérignan) au sud (Avignon)? Dès lors, on peut se demander où est la grande ambition à horizon 2030 annoncée par le Préfet? Dans cette intercommunalité d'opportunité visant à satisfaire les désirs d'hégémonie du maire d'Avignon qui se rêve à la tête d'une grande métropole. Mais qui peut croire qu'un tel territoire parviendra à concurrencer Nîmes, Aix ou Montpellier, simplement parce qu'il en aura la même population? On le sait, la taille ne fait pas sens; ce qui fonde le développement et l'attractivité des agglomérations aujourd'hui, c'est leur projet commun, leur capacité à se projeter dans l'avenir, leur propension aussi à susciter l'adhésion de leur population.
Le citoyen justement, parlons-en! Il est le grand absent de ce débat enclenché à marche forcée par le Gouvernement, alors que cette réforme viendra pourtant directement impacter sa vie quotidienne. Comment dès lors croire, comme l'annonce le Préfet, qu'il pourra mieux comprendre le sens de territoires sur lesquels il n'aura pas pu donner son avis et qui ne correspondront en rien au territoire de vie qu'il arpente quotidiennement pour se rendre de son domicile à ses lieux de travail, de loisirs, de consommation ou de formation de ses enfants? S'il est évident que dix ans après la loi CHEVENEMENT, il est plus que nécessaire de simplifier, de consolider et de rapprocher l'intercommunalité de ses habitants. Cela ne doit pas se faire à n'importe quel prix. Cela ne doit pas répondre aux seuls objectifs d'efficacité, de pôlarisation extrême et de compétition.
Il est au contraire possible de créer des EPCI fondées sur la solidarité et la complémentarité entre les territoires, des EPCI de taille humaine demeurant dès lors des territoires de proximité. Il serait ainsi logique que les communautés de communes du Pays de Rhône Ouvèze, des Côtes du Rhône Gardoise, de Rhône Alpilles Durance (au moins en partie), ainsi que les communes isolées de Tavel, Pujaut et Sauveterre rejoignent le Grand Avignon; la question pouvant également se poser pour certaines des communes composant la communauté de communes des Sorgues du Comtat (on pense notamment a Althen-les-Paluds et Monteux). Cette proposition aurait le mérite d'être en cohérence avec le territoire vécu quotidiennement par des milliers de vauclusiens, gardois et bucco-rhodaniens. Par ailleurs, elle n'exclurait pas la construction d'éventuels partenariats renforcés entre Avignon et les autres villes moyennes qui l'environnent: Orange, Carpentras, Cavaillon mais également Bagnols/Cèze, St Rémy, Tarascon/Beaucaire voire Arles. La loi sur la réforme territoriale offre en effet l'opportunité de créer des syndicats mixtes appelés pôles métropolitains et destinés à favoriser la constitution de réseaux de villes autour de projets communs. A quand donc un vrai débat sur tous ces enjeux avec le citoyen pour témoin?"