¤ ET SI LA VILLE SE LA JOUAIT PLUS SOLIDAIRE?
Au cours des dernières années, de nouvelles formes coopératives se sont multipliées dans les villes, apparaissant comme autant de solutions pour répondre à la crise du logement, à la disparition de certains commerces, au mieux vivre ensemble. Apparaissant aussi comme un autre forme de rapport au monde puisque la coopérative est une entreprise à but non lucratif, dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement. Apparaissant enfin comme des réponses possibles pour construire une ville plus durable mais également plus solidaire.
Cette forme d'organisation basée sur le principe de l'autogestion née dans la deuxième moitié du XIXème siècle connaît donc un regain récent, avec des formes plus connues que d'autres: si les jardins coopératifs ou partagés sont présents dans de nombreuses villes et ont enregistré un développement spectaculaire au cours des dernières décennies, les exemples d'habitats et de supermarchés coopératifs restent encore peu développés en France.
Le principe de l'habitat coopératif est simple. Il s'agit pour des groupes d'habitants de devenir les promoteurs de leur logement.
L’implication des coopérateurs, les efforts de mutualisation de moyens et d’espaces (buanderie commune, salle polyvalente, etc.) et le souhait d’éviter les intermédiaires permettent d’offrir des loyers inférieurs aux prix du marché et qui reflètent le coût réel d'exploitation de l'immeuble. Par ailleurs la mutualisation des capacités d'endettement permet à des ménages modestes d'accéder à la coopérative, ce qui favorise la mixité sociale et générationnelle, œuvrant ainsi au mieux vivre ensemble que chacun appelle aujourd'hui de ses vœux dans les villes. Enfin l'implication des habitants/coopérateurs dans le projet, de la conception à la réalisation, permet à chacun de se réapproprier la maîtrise de son habitat. Cet habitat coopératif apparaît bel et bien comme une troisième voie possible entre l'accession et la location. Il peut présenter des formes multiples: la plus courante est celle où les coopérateurs sont locataires de leur logement; dans certains cas, seuls les espaces communs sont gérés par le collectif, chacun étant ensuite propriétaire de son logement. Ces solutions sont loin d'être des utopies: aujourd'hui les coopératives de logements représentent 20% du parc immobilier urbain du Québec et même 40% dans une ville comme Oslo. Plus près de nous en France, des villes comme Rennes, Lyon ou Strasbourg lancent des appels à projet d'habitat participatif auprès de leurs habitants pour inventer la ville de demain, plus durable et plus solidaire. A Villeurbanne, le projet de village vertical mobilisant 7 familles devrait voir le jour en 2013.
Plus rares, les expériences de coopératives alimentaires sont également intéressantes en ce sens où elles cherchent à réinventer un nouveau modèle de distribution. Il existe dans le domaine deux références aujourd'hui: l'historique qui a été fondée en 1973 dans le quartier de Brooklyn à New York et la dernière née créée en 2010 à Londres. Dans l'un et l'autre cas, les principes sont les mêmes: une association de coopérateurs qui après s'être acquittée d'une participation au capital de l'entreprise et après avoir accepté de donner un peu de leur temps pour travailler pour la coopérative (généralement moins de 4H par mois) bénéficie de tarifs préférentiels sur les produits commercialisés. Dans l'un et l'autre cas, on comprend bien que c'est la façon de faire ses courses qui se trouve réinventer avec une maîtrise des produits commercialisés et des fournisseurs, avec une réflexion collective sur la stratégie de l'activité, avec des exigences sociales et environnementales qui sont posées comme des incontournables. Si l'on prend l'exemple de Londres, ce sont deux copains qui sont à l'origine du projet qui ne se résolvaient pas à voir le supermarché de leur quartier abandonné et fermé. Aujourd'hui People's supermarket regroupe près de 1000 coopérateurs, a pu embaucher des personnes jusqu'alors au chômage et s'est lancé dans une gestion exemplaire des déchets. Il a permis aussi de réintroduire une activité commerciale dans un quartier où il n'y en avait plus, ce qui n'est pas sans nous rappeler la situation des quartiers d'Avignon du Pont des deux eaux et de Grange d'Orel dans lesquels depuis plus d'un an, deux supermarchés sont fermés.
Jardins, habitats et supermarchés coopératifs cherchent chacun à leur manière, à réinventer le ville contemporaine! C'est en ce sens qu'ils présentent les uns comme les autres des opportunités qui méritent d'être explorées, y compris pour une ville comme Avignon!"