¤ LA CULTURE, FACTEUR DE DEVELOPPEMENT DES TERRITOIRES
Voici l'interview que Cécile HELLE a donnée au magazine TPBM à l'occasion des rencontres professionnelles sur la place de la culture dans les logiques d'aménagement du territoire.
"Quels étaient les objectifs de ces Rencontres, qui ont réuni plusieurs responsables de lieux de spectacles, situés sur toute la région?
Cécile HELLE: Il était important de voir comment s'articulent aujourd'hui les lieux de création artistique et culturelle et les territoires, mais aussi la manière dont se crée le lien entre ces territoires et la démarche artistique elle-même. Il y a une interactivité dans les deux sens. Nathalie MARTEAU, directrice du Théâtre Le Merlan et Mathias POISSON, artiste accompagné, ont abordé la question de leur travail en lien avec le quartier. Cela se fait à partir de déambulations, de rencontres avec les habitants et d'échanges au sein du théâtre. Mathias POISSON crée des oeuvres et intègre les créations artistiques qui peuvent en émaner. Un autre point intéressant a été abordé avec des personnes comme Jean-Michel GREMILLET, directeur du théâtre de Cavaillon et Philippe ARIAGNO, responsable du Théâtre La Passerelle à Gap, à savoir comment intégrer et tenir compte des particularités du territoire dans une stratégie de diffusion. Ces deux théâtres ont en effet mis en place des démarches importantes de diffusion des spectacles dans des communes rurales ou périurbaines. Le théâtre de Gap, avec les Excentrés, a été particulièrement moteur dans cette expérience.
Dans ces deux genres d'expériences de culture au contact des personnes ou des territoires, quel peut être le rôle des politiques?
Cécile HELLE: Ces deux approches se retrouvent au sein de la politique culturelle de la Région, notamment au travers des aides que nous apportons aux structures et aux lieux de spectacles. Concrètement, nous pouvons réfléchir à nos politiques d'aide et de soutien en fonction des équipements existants et à ce qu'ils couvrent comme territoire. Nous regardons si à partir de cet équipement, il n'y a pas de zone blanche, d'espace vide, et nous veillons à ce que le territoire soit bien maillé, afin d'assurer à la population un accès à la culture le plus facile possible? En clair, il ne faut pas qu'il y ait de désert culturel... Cela peut donc se traduire par la formule "aller vers le spectateur" à partir de l'équipement existant. C'est en effet l'équipement qui se démultiplie et se diffuse au sein des territoires. C'est le principe des Nomades à Cavaillon et des Excentrés à Gap. Une autre façon d'appréhender le sujet est de se demander comment l'artiste et la culture peuvent être porteurs de sens. C'est un travail sur l'image et le lien ou l'identité du territoire.
L'identité du territoire, c'est-à-dire?
Cécile HELLE: Je pense au Plan Rhône, dans lequel il y a un volet culture et patrimoine. Aujourd'hui, du lac Léman à la mer, il n'y a pas de sentiment d'appartenance à un même territoire, en dépit d'un territoire en commun et donc de cultures partagées. Nous pourrions mettre en place un certain nombre d'actions pour que le fleuve redevienne un acteur du territoire. Nous pouvons travailler sur la réappropriation du Rhône par les habitants, de l'amont à l'aval. La commune de Bédarrides, dans le Vaucluse, est située à la confluence de six rivières se jetant dans le Rhône. Depuis quelques années, la mairie a créé un festival de musique qui prend complètement en compte cette particularité, puisque la scène sur laquelle repose le piano est située sur un bras de rivière! Cette manifestation participe d'un changement de regard des habitants sur la rivière. Dans le cadre du Plan Rhône, nous pourrions imaginer un évènement de même nature que sur l'estuaire de la Loire, avec des oeuvres monumentales posées à différents endroits, et qui invitent à cheminer au bord du fleuve.
La culture devient ainsi l'une des portes de lecture du paysage et du territoire...
Cécile HELLE: Joëlle ZASK, philosophe et Luc GWIAZDZINSKI, géographe, ont justement déclaré au cours de leur intervention qu'il n'y a pas de culture sans partage. C'est cette idée qui doit motiver notre réflexion. D'où l'importance de la diffusion de la culture et d'un maillage cohérent et harmonieux du territoire. Pour Marseille Provence 2013, le Conseil régional a demandé qu'il y ait une réelle diffusion sur un territoire plus dense, et nous avons conditionné notre participation financière à l'élargissement de l'évènement. Aujourd'hui, Marseille Provence 2013 couvre presque tout le département des Bouches-du-Rhône!
Sur quels leviers le Conseil régional peut-il jouer pour que la culture soit vraiment prise en compte?
Cécile HELLE: Au travers de nos différentes contractualisations, la Région peut effectivement intervenir. Je pense aux contrats de pays ou de parcs. On a bien souvent tendance à penser que la culture est secondaire. Je pense au contraire qu'elle est un des volets importants des politiques. Nous devons avoir le droit de pouvoir accéder à la culture! On ne doit pas seulement "aller vers", mais il faut "faire venir". Et pour cela, il faut développer une approche transversale de la culture.
Propos recueillis par Sylvie ROMAN"