¤ TIC TAC, TIC TAC, PETIT RETOUR SUR LES MAISONS DES TEMPS!
"Lors de la veillée des petites utopies organisée par l'Atelier de 2014 le 21 décembre dernier, j'avais eu l'occasion d'évoquer l'intérêt de la mise en place d'un "Bureau ou d'une Maison des temps" dans une ville comme Avignon. Retour donc sur une belle idée - adapter les temps de la ville aux rythmes des habitants - pour améliorer la qualité de vie et le bien être de chacun.
Cet objectif part d'un constat simple: l'appropriation d'une ville par les citadins est liée à leurs propres temps de vie. Or il y a indéniablement une accélération du monde qui rejaillit sur la vie quotidienne de chacun: nous évoluons dans une société du toujours plus et toujours plus vite avec l'idée centrale que le temps, c'est de l'argent. D'où la difficulté pour chacun de nous à concilier nos différentes activités quotidiennes, pouvant aboutir à une situation de stress temporel (reconnue aujourd'hui par près de 35% des Français). Il est également évident que le rapport au temps n'est pas le même pour tous: il y a une différence entre le temps choisi et le temps subi. Le rapport au temps est donc source d'inégalités sociales. Enfin la perception des temps de vie n'est pas de même nature selon le type d'activités qu'il recoupe: le temps libre est évidemment le plus apprécié devant les activités physiologiques, alors que le temps le plus contraignant apparaît celui consacré au travail et aux études.
Ces multiples constats confirment donc bien l'importance et l'intérêt de développer des politiques d'aménagement des temps quotidiens des citadins pour œuvrer à une plus grande correspondance entre temps de vie et temps des villes. Dans ce domaine, les villes italiennes ont été des précurseurs puisque depuis 2000, une loi oblige les villes de plus de 30.000 habitants à élaborer un plan des temps urbains (PTU) dans le but de synchroniser les temps de la ville, notamment en matière de transports et d'horaires des services publics, avec les temps des usagers et citoyens. Ces PTU ont donné lieu dans de nombreuses cités italiennes à des constructions collectives et concertées de pactes de mobilités entrainant par exemple des décalages horaires négociés entre employés et employeurs pour étaler le début des activités et fluidifier les déplacements, aux heures de pointe notamment.
Dans les villes françaises aussi, depuis une décennie, les initiatives se sont multipliées. Rennes, Poitiers, Saint Denis, Lyon, Nancy... on ne compte plus les expériences pour modifier les horaires des services et équipements publics ou des commerces, pour intégrer dans les aménagements urbains le fait que la ville diurne n'a que peu de correspondance avec la ville nocturne, enfin pour porter des innovations sociales avec le développement par exemple d'activités culturelles aux horaires décalés ou la mise en place de modes de gardes aux horaires atypiques pour mieux correspondre à la parcellisation du temps introduite par les contrats de travail en temps partiel.
A n'en pas douter, les politiques temporelles sont le moyen de repenser la ville et nos vies, de lutter contre le creusement des inégalités sociales, de genre et de génération dans les usages du temps et de l'espace, de construire aussi collectivement et de manière concertée des solutions pour bâtir une ville pour tous, une ville pour chacun!"